Naissance d’une chanson

Ecrire une chanson c’est avant tout décider que ce moment fondateur sera celui qui lui donnera vie. De très nombreuses fois, je gratte quelques accords sur ma guitare, un peu rêvassant, plus pour ne penser à rien que véritablement me mettre en démarche créative. Il peut arriver qu’en sorte une idée de mélodie qui accroche mon attention. Cela peut même aller jusqu’à me dire que cela peut valoir la peine d’enregistrer ces quelques secondes. Mais la plupart du temps, je ne reviens pas sur ces brouillons. Ils s’archivent sur mon téléphone, sans que je ne leur consacre même de noms ou de classement particulier. Puis surgissent ces périodes redoutées et néfastes où le démon de l’ego vient se réveiller : pourquoi laisser toutes ces bonnes idées de côté, et au lieu de ça tâcher d’en faire plein de chansons dans un élan forcé productif ? En réalité, le résultat de ce genre d’injonctions est sans appel : je fais 100% de merde et cela me déprime de me dire que je me suis encore laissé guider par le cerveau et non par le cœur.

Non, maintenant je le sais, j’en suis convaincu par l’âge et l’expérience. Une chanson commence au contraire, comme n’importe laquelle de ces suites de notes, pas meilleures, pas moins bonnes que les autres fois, mais cependant dans une configuration toute particulière, et, le plus important, que je n’ai pas choisie – c’est elle qui me choisit : l’état émotionnel, la tension du moment, donnent alors toute la consistance à la naissance de la musique. Je me fais une promesse avec moi-même: celle-ci de chanson existera.