S’il y a bien quelque chose de récurrent avec la photographie c’est son côté technique. Discutez 5 min avec un amateur de prises de vue et il vous innondera aussitôt de détails sur les paramètres d’ouverture, de vitesse, de sensibilité, de focale, de boitier avec des modèles plein de lettres et de chiffres. Tout ceci m’ennuie profondément et c’est la raison pour laquelle je ne suis guère resté assidu au club ou permanences organisées par l’association de mon employeur. Ce qui compte pour moi c’est le sujet, l’intention, la démarche, le propos raconté ou même simplement la tentative de mettre en mot une recherche bien floue et vaine parfois. Prendre quelques photos par accident, révèler la fragilité d’une action, c’est mettre en lumière le caractère faillible de l’Homme là où la maitrise technique cherche à fidèlement retranscrire le contrôle sur la Nature.
Je conçois volontiers que la photographie d’expertise, scientifique, soit un art et un témoignage précieux de notre environnement. Mais j’observe aussi dans les expositions que je visite qu’elle est celle qui me procure le moins d’émotions, parce qu’elle est la mieux maitrisée. Je cherche ici simplement une mise en résonnance avec un vieux rêve enfoui. Celui qu’une méditation m’évoqua un jour en convoquant ce qui pouvait être un lieu de paix. Mon lieu de paix. Par une promenade hivernale hasardeuse, descendant en bas d’un cirque provençal, je contactais cet endroit où ma moitié m’emmena sur son conseil, au bout d’une longue route sinueuse traversant la guarrigue éteinte, et qu’il me semblait avoir déjà visité par la pensée, au fur et à mesure de sa découverte. Par la magie d’une transportation imaginaire.
Ce lieu n’était pas tout à fait le même, ce n’est pas grave. Il y manquait un foyer de cendres éteintes sur la berge et il revêtait une ambiance trop froide et inquiétante pour qu’il puisse véritablement incarner un lieu refuge. Il m’appris simplement que c’est une quête perpétuelle, ce mouvement de recherche, d’illusion et de désillusions successives, de zone calmes en écoulement laminaire, puis de turbulences, c’est le torrent de la vie. Et il n’y a aucune maitrise technique à posséder pour faire sien ce simple enseignement.



