Héritages visibles

Ce qu’on laisse passer se transforme, avec ou sans nous. Qu’on agisse sur les événements, qu’on les observe seulement ou que même on ne les décèle pas, ils traversent notre filtre et continuent de se propager, altérés, porteurs de notre signature. Nous déphasons en quelque sorte la réalité. La rencontre de notre présence avec le monde, ce qui survient, produit comme des interférences. Elles peuvent s’avérer être constructives, sublimer ce qui adviendrait en l’absence de notre énergie.

Nous ajoutons chaque jour au réel. Et ce que nous ajoutons nous pouvons choisir comment l’orienter. Rester à l’identique est une voie, s’arrêter devant l’obstacle, ne chercher que la préservation d’un état. Ou alors passer à travers, agilement, se glisser dans les interstices pour subtilement diffracter qui nous sommes. Enrichir le monde en projetant partout nos plus belles franges vibratoires.

Mais nous conservons toujours la trace de ce qui a été. Elle s’imprime partout et il ne faut pas craindre qu’elle dégénère. Car qu’elle se stocke ou qu’elle s’écoule, elle finit toujours son cycle. Nous pouvons bien retenir une marque, un repère, un temps initial, des coordonnées d’origine, faire une encoche comme témoin de ce qui s’est passé, mais le flux continue. Avec une densité toujours croissante, forte de ce qui s’y accumule dans le temps et dans l’espace.

Sources :

Lopez-Saez, Jérôme, et al. “Impacts of Land-Use and Land-Cover Changes on Rockfall Propagation: Insights from the Grenoble Conurbation.” Science of the Total Environment, vol. 547, 2016, pp. 345–355, doi:10.1016/j.scitotenv.2015.12.148

Liébault, Frédéric, et al. L’utilisation des plages de dépôts pour la mesure du transport solide torrentiel : applications dans le département de l’Isère. Rapport technique, Conseil général de l’Isère, 2010