Localisation

Je voudrais parler du temps que j’ai passé ici. A me demander ce que j’y faisais, ce qui m’y avait amené, pourquoi j’y étais resté jusque-là et comment j’en étais parti pour y revenir ensuite. De longues journées à interroger ce qu’on attendait de moi, et ce que j’attendais moi de la vie. Des trajets quotidiens à voir le même paysage défiler, le matin, le midi, le soir. L’été, l’automne, l’hiver. Le printemps surtout. Je voudrais parler du temps de l’instant et du temps stocké dans les trames. Certaines visibles, minérales, végétales, urbaines. D’autres sensibles, abstraites, musicales, générationnelles.

J’ai longuement observé le relief proche environnant, les cycles des feuilles sur les arbres, les changements naturels et les modifications artificielles, essentiellement les détails insignifiants. J’ai ramassé des pierres pour m’imprégner de l’histoire qu’elles portent. En les ramenant chez moi, j’emporte un peu de l’énergie du massif qui les a formées. Parfois, certaines viennent de loin, d’ailleurs. J’ai écouté le bruit des avions tractant des planeurs survolant la grande vallée le dimanche après midi quand il fait beau et que tout ici bas est au repos.

Je voudrais parler du hasard de nos vies, des coïncidences nous précipitant dans un lieu à une époque aléatoire. Enfin je voudrais parler de la mémoire, la trace, le résidu, ce qui demeure quand tout le reste s’efface.

Sources: CEMAGREF, ISTERRE, IGN